Maltraitance des aînés: un phénomène sournois et pernicieux

lundi juin 11 2018

Le président-directeur général du Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA), Yves Desjardins, a profité d’une visite de 11 villes au Québec pour déployer d’importants efforts d’information et de sensibilisation auprès de ses 750 membres en matière de prévention de la maltraitance chez les aînés.

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Ce phénomène n’a pratiquement plus rien à voir avec la violence physique. Elle cible davantage la violence verbale et la mauvaise influence soutient le président. Francine Charbonneau, ministre responsable des Aînés et de la Lutte contre l’intimidation, déposait le projet de loi 115 en octobre 2016. L’objectif était de lutter contre la maltraitance envers les aînés et toute autre personne majeure en situation de vulnérabilité.

Yves Desjardins souscrit à la réglementation qui a été adoptée à l’unanimité à l’Assemblée nationale en mai 2017. «On a beaucoup fait état des caméras dans les CHSLD, mais il y a d’autres mesures. Nous voulons joindre notre voix à cette loi et y contribuer. Il y a quand même 133 000 personnes qui vivent dans des établissements pour aînés en plus des 40 000 employés.» Légalement, toutes les résidences pour aînés du Québec ont jusqu’à l’automne pour se conformer à la nouvelle loi.

Le président ajoute que le phénomène se décline sous sept types soit : psychologique, physique, sexuel, violation des droits, organisationnel, l’âgisme, matériel et financier. «Ce dernier compte pour 33% des cas et 80% des gens qui maltraitent des aînés sont des membres de la famille ou des connaissances.»

Quelques cas

Me Miriam Morissette, qui collabore avec le RQRA, traite divers cas depuis 15 ans. «J’ai beaucoup de dossiers provenant de membres des familles. Cela peut aller de la négligence à la maltraitance psychologique.» Dans certains cas, il s’agit d’une personne qui a elle-même été victime de maltraitance ou d’une autre qui a des problèmes de dépendance ou financiers. L’avocate relate une situation où un enfant aurait été victime de violence familiale ou de négligence de la part de ses parents. «Lorsque ces derniers se retrouvent en situation affaiblie, due à l’âge ou à la maladie, il prend sa revanche.»

Me. Morissette résume un dossier de maltraitance par ces deux questions : est-ce que la personne est capable de répondre non et est-ce qu’elle peut se protéger par elle-même? «Si je suis dans l’une ou l’autre des situations, généralement la personne est dans un état de vulnérabilité.»

Yves Desjardins rappelle qu’une famille, souhaitant installer une caméra dans une unité de location, n’a pas de permission à demander à qui que ce soit. «Nos employés n’ont rien à dire, car une chambre louée est considérée comme un domicile. Si l’on veut maintenir notre pénétration de 18% dans le marché, pour répondre au vieillissement de la population, il faut construire un minimum de 5000 unités par année d’ici 2037.»

Le RQRA, un organisme à but non lucratif, regroupe des résidences privées pour aînés, des gestionnaires et des propriétaires de résidences qui gèrent plus de 88 000 unités locatives au Québec.